{"id":3498,"date":"2022-08-24T11:20:17","date_gmt":"2022-08-24T09:20:17","guid":{"rendered":"https:\/\/old.gms-minderheiten.ch\/?p=3498"},"modified":"2022-09-01T09:15:32","modified_gmt":"2022-09-01T07:15:32","slug":"les-raisons-pour-lesquelles-nous-ne-pouvons-pas-desirer-la-recon-naissance-faciale-dans-une-democratie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.gms-minderheiten.ch\/fr\/les-raisons-pour-lesquelles-nous-ne-pouvons-pas-desirer-la-recon-naissance-faciale-dans-une-democratie\/","title":{"rendered":"Les raisons pour lesquelles nous ne pouvons pas d\u00e9sirer la reconnaissance faciale dans une d\u00e9mocratie"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong><em>Le texte suivant est r\u00e9dig\u00e9 par Angela M\u00fcller, Head of Policy &amp; Advocacy chez AlgorithmWatch Suisse. Il <\/em><\/strong><\/span><strong><em>est publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois sous le titre \u00ab\u00a0Gesichtserkennung im \u00f6ffentlichen Raum geh\u00f6rt verboten\u00a0\u00bb (La reconnaissance faciale dans l&rsquo;espace public doit \u00eatre interdite) comme article invit\u00e9 dans <u>le <\/u><\/em><\/strong><a href=\"https:\/\/magazin.nzz.ch\/nzz-am-sonntag\/meinungen\/gesichtserkennung-im-oeffentlichen-raum-gehoert-verboten-ld.1693957#back-register\"><em>NZZ am Sonntag du 17 juillet 2022<\/em><\/a><strong><em>. <span style=\"color: #ff0000;\">Pour<\/span> la publication en tant que position de la GMS, <span style=\"color: #ff0000;\">celui-ci a<\/span> l\u00e9g\u00e8rement <span style=\"color: #ff0000;\">\u00e9t\u00e9 <\/span>remani\u00e9 \u00e0 certains endroits. <\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Si l\u2019espace public est plac\u00e9 sous surveillance \u00e0 l&rsquo;aide de la reconnaissance faciale ou d&rsquo;autres syst\u00e8mes de reconnaissance biom\u00e9trique, cela devient une menace pour les droits fondamentaux et pour la d\u00e9mocratie.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En Ukraine, une technologie de reconnaissance faciale aide \u00e0 rechercher les personnes disparues ou \u00e0 identifier les morts, comme l&rsquo;a confirm\u00e9 le vice-pr\u00e9sident du gouvernement peu apr\u00e8s le d\u00e9but de la guerre. Le groupe Clearview.AI met gratuitement \u00e0 la disposition du pays le syst\u00e8me correspondant. La Russie exploite de telles technologies au-del\u00e0 du contexte militaire. A Moscou, ce ne sont pas uniquement les tickets de m\u00e9tro qui peuvent \u00eatre pay\u00e9s via le scan du visage, mais pr\u00e8s de 200 000 cam\u00e9ras de surveillance de la m\u00e9tropole qui servent \u00e9galement \u00e0 identifier les manifestants lors de protestations, par exemple en soutien \u00e0 l&rsquo;opposant Alexei Navalny.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La Russie et l&rsquo;Ukraine ne sont pas des cas isol\u00e9s. Partout en Europe, des syst\u00e8mes de reconnaissance biom\u00e9trique \u00e0 distance sont aujourd&rsquo;hui utilis\u00e9s, y compris dans un contexte civil. Il ne s&rsquo;agit pas de syst\u00e8mes d&rsquo;authentification permettant de d\u00e9verrouiller un smartphone par exemple, mais de syst\u00e8mes capables de nous identifier dans la masse \u00e0 l&rsquo;aide de nos donn\u00e9es biom\u00e9triques, telles que le visage ou la voix, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;utilisation d&rsquo;une base de donn\u00e9es. En Suisse, ces syst\u00e8mes sont utilis\u00e9s par certains corps de police, mais \u00e9galement par des stades de football et des supermarch\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A premi\u00e8re vue, cela semble \u00eatre un instrument que nous devrions utiliser pour une application plus efficace de la loi et pour garantir la s\u00e9curit\u00e9. Toutefois, les choses ne sont pas aussi simples. Aux Etats-Unis par exemple, plusieurs personnes ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es par erreur parce qu&rsquo;un syst\u00e8me de reconnaissance faciale les avait mal identifi\u00e9es. Souvent, il s&rsquo;agit de personnes de couleurs. Leurs visages sont souvent insuffisamment repr\u00e9sent\u00e9s dans les donn\u00e9es d&rsquo;entra\u00eenement avec lesquelles les syst\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s, ce qui a pour cons\u00e9quence que les syst\u00e8mes reconnaissent moins bien les visages \u00e0 la peau fonc\u00e9e. Il en est de m\u00eame pour les visages non masculins.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une am\u00e9lioration de la technologie ne r\u00e9sout cependant pas le probl\u00e8me. En effet, ind\u00e9pendamment du fait qu&rsquo;elle fonctionne bien ou mal\u00a0: lorsqu&rsquo;elle est utilis\u00e9e dans les espaces accessibles au public, lorsque les places publiques, les gares, les stades ou les centres commerciaux disposent de l&rsquo;infrastructure permettant d&rsquo;identifier des personnes \u00e0 tout moment et de mani\u00e8re automatis\u00e9e, cela nous concerne fondamentalement, nous et notre d\u00e9mocratie. Non seulement cela enfreint notre droit \u00e0 la vie priv\u00e9e, mais cela peut aussi nous emp\u00eacher d&rsquo;exprimer nos opinions ou de nous rassembler.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le simple fait de savoir que nous pourrions potentiellement \u00eatre reconnus et par cons\u00e9quent suivis et surveill\u00e9s, conditionnera notre comportement\u00a0: cela peut nous dissuader de nous rendre dans des lieux ou des \u00e9v\u00e9nements qui pourraient fournir des informations sur notre opinion politique, notre orientation sexuelle ou notre religion. Des sources pourraient \u00e9viter de rencontrer des journalistes, des \u00e9lu.e.s pourraient renoncer \u00e0 des rencontres priv\u00e9es, les sans-papiers \u00e9viteraient compl\u00e8tement l&rsquo;espace public. Que la surveillance soit effectu\u00e9e ou non dans une situation donn\u00e9e n&rsquo;est m\u00eame pas d\u00e9terminant \u00e0 cet \u00e9gard, \u00e9tant donn\u00e9 que les syst\u00e8mes fonctionnent \u00e0 distance, nous ne pouvons pas savoir quand et o\u00f9 ils sont utilis\u00e9s. De plus\u00a0: de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les personnes d\u00e9j\u00e0 d\u00e9favoris\u00e9es, victimes de discrimination et appartenant \u00e0 des minorit\u00e9s sont davantage expos\u00e9es \u00e0 des mesures de surveillance, celles-ci sont par exemple plus souvent mises en place dans les quartiers o\u00f9 le taux de criminalit\u00e9 est \u00e9lev\u00e9. En cons\u00e9quence, leurs r\u00e9sident.e.s seraient \u00e9galement davantage concern\u00e9.e.s par les r\u00e9percussions de la surveillance biom\u00e9trique. Il en va de m\u00eame pour les personnes qui s&rsquo;exposent politiquement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Faudrait-il tout de m\u00eame accepter ces mesures, dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la s\u00e9curit\u00e9 publique\u00a0? Assurer la s\u00e9curit\u00e9 est l&rsquo;une des missions principales de l&rsquo;Etat. Toutefois, des limites sont impos\u00e9es \u00e0 l&rsquo;action de l&rsquo;Etat, pour de bonnes raisons. Certains moyens pourraient rendre la poursuite p\u00e9nale plus efficace et les Etats autoritaires les utiliseraient volontiers\u00a0: ils vont de l&rsquo;utilisation de technologies invasives \u00e0 la torture. Dans un Etat de droit lib\u00e9ral, le point de r\u00e9f\u00e9rence est toutefois clair\u00a0: ce sont les droits fondamentaux prot\u00e9g\u00e9s par la Constitution qui nous indiquent o\u00f9 mettre la limite et quels moyens l&rsquo;Etat peut utiliser ou pas, car ils ne sont pas en ad\u00e9quation avec notre libert\u00e9, notre autonomie et notre dignit\u00e9. Dans l&rsquo;espace public, les syst\u00e8mes de reconnaissance faciale restreignent nos droits fondamentaux de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e affectant ainsi \u00e9galement la participation \u00e0 la vie et au d\u00e9bat public, ce qui est indispensable \u00e0 une d\u00e9mocratie saine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une interdiction des syst\u00e8mes biom\u00e9triques d&rsquo;identification dans les lieux accessibles au public est indiqu\u00e9e. Face \u00e0 ce contexte, la soci\u00e9t\u00e9 civile s&rsquo;est \u00e9galement mobilis\u00e9e. Au niveau europ\u00e9en, la campagne \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/reclaimyourface.eu\/\">Reclaim Your Face <\/a>\u00a0\u00bb milite pour une interdiction \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;UE\u00a0; au niveau international, plus de 200 organisations r\u00e9clament une interdiction mondiale. En Suisse, les ONG AlgorithmWatch CH, Amnesty International et la Soci\u00e9t\u00e9 Num\u00e9rique ont lanc\u00e9 la campagne \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.stop-reconnaissancefaciale.ch\/\">Stop \u00e0 la reconnaissance faciale<\/a>\u00a0\u00bb afin d&rsquo;obtenir l&rsquo;interdiction de la reconnaissance biom\u00e9trique dans les lieux publics. Une premi\u00e8re p\u00e9tition a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e par plus de 10\u00a0000 personnes. Les politicien.n.e.s de gauche \u00e0 droite ont reconnu la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;agir et <a href=\"https:\/\/www.gesichtserkennung-stoppen.ch\/unterstuetzende\">soutiennent<\/a> cette campagne. Depuis le d\u00e9but, des interventions en faveur d&rsquo;une telle interdiction ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9es \u00e0 Zurich, Lausanne ou B\u00e2le et ont d\u00e9j\u00e0 port\u00e9 leurs fruits. Ainsi, la ville de Zurich veut interdire les syst\u00e8mes d&rsquo;identification biom\u00e9trique pour ses autorit\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si nous voulons, en tant qu&rsquo;individus et en tant que soci\u00e9t\u00e9, profiter de l&rsquo;utilisation des nouvelles technologies, nous devons cr\u00e9er ensemble les conditions-cadres n\u00e9cessaires en d\u00e9finissant des lignes de conduite claires, l\u00e0 o\u00f9 la technologie ne nous est plus utile, mais nuisible. Avec la reconnaissance faciale dans l&rsquo;espace public, les conditions seraient \u00e9tablies pour quelque chose que nous ne pouvons pas d\u00e9sirer, ni pour nous-m\u00eames ni pour notre d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/algorithmwatch.ch\/fr\/team\/angela-mueller\/\">Dr. des. Angela M\u00fcller<\/a><u>, Head of Policy &amp; Advocacy, <\/u><a href=\"https:\/\/algorithmwatch.ch\/fr\/\">AlgorithmWatch CH<\/a><\/p>\n<p>Algorithm Watch CH est une organisation \u00e0 but non lucratif qui s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 l&rsquo;impact des syst\u00e8mes algorithmiques sur l&rsquo;homme et la soci\u00e9t\u00e9 et qui s&rsquo;engage pour que leur utilisation respecte les droits fondamentaux, la d\u00e9mocratie et l&rsquo;Etat de droit. Angela M\u00fcller a \u00e9tudi\u00e9 la philosophie politique et r\u00e9dig\u00e9 une th\u00e8se de droit sur les droits de l&rsquo;homme dans le contexte de la mondialisation et des nouvelles technologies.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/old.gms-minderheiten.ch\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/GMSPOS1-1.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">La position comme PDF<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"pCREsTNwxW\"><p><a href=\"https:\/\/old.gms-minderheiten.ch\/fr\/relations-publiques\/point-de-vue\/\">Point de vue<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><iframe class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; clip: rect(1px, 1px, 1px, 1px);\" title=\"\u00ab\u00a0Point de vue\u00a0\u00bb &#8212; GMS Minderheiten\" src=\"https:\/\/old.gms-minderheiten.ch\/fr\/relations-publiques\/point-de-vue\/embed\/#?secret=pCREsTNwxW\" data-secret=\"pCREsTNwxW\" width=\"600\" height=\"338\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le texte suivant est r\u00e9dig\u00e9 par Angela M\u00fcller, Head of Policy &amp; Advocacy chez AlgorithmWatch Suisse. 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